Réflexions

Au bord des eaux

01-06-2014

© Líria Dora Orlowska

 

I.

La couleur de l’eau n’est pas nette aujourd’hui ; son rythme est troublé, agité.
Arbres endormis, contractés, pris dans le linceul gris et froid d’un ciel sourd. L’herbe est verte
et touffue, les pas imperceptibles.
Terre imbibée.
Au-dessus de l’oreille bourdonnent mouches ou abeilles.
Oiseaux noirs.
Ils volent, imposent leur cri au silence vague et incolore.
Un oracle.
Silhouettes d’oiseaux : ils me regardent sans mouvement, estampes orientales, théâtre
d’ombres. Une toute autre immobilité.
Arbres débout, en méditation, leurs formes soulignées de couleurs.
Pensée :
tableau d’hiver gravé sur l’épaule végétale, imminente nudité.
L’inéluctable est paysage : noir, blanc.

 

II.

Eau qui chute, image mouvante où je me perds.
Elle s’accumule, s’agite de l’intérieur, pénétrante, finit par s’arracher du cadre, des fondations
– avec racines et pensées.
Bruit/bruissement/froissement, fracas/grondement, tonnerre d’un métal liquide qui fait se
mouvoir les fils de la vie, arrache herbes vertes à même leurs veines, m’emporte, m’étouffe.
Je suffoque, crie et me noie, bien qu’agrippée aux blocs de pierre, rocs moussus, pierres
glissantes. Frappée, heurtée, je lâche prise. Un gouffre de liquide noir vomit mon corps blanc,
nu, vaincu par la douleur et l’abîme. Je refais surface telle une épave, sur les eaux plus calmes
des bras du fleuve, ouverts mais indifférents. Corps abandonné, vestige cédé à l’inertie.

Lorsque l’esprit triomphe de la matière, il soulage, recouvre force et légèreté. Moi-Vivant,
revenant timide sous l’aspect d’un cormoran silencieux aux ailes largement déployés. Entre
ciel et terre se trace une frêle ligne de vie. Le regard d’un homme m’aurait-il saisi en plein vol
approuvant ainsi mon destin et mes jours ?

                                                                                                                                                      9/10/13

Líria Dora ORLOWSKA

 

Líria Dora Orlowska (ou Liliana Orlowska) est née à Varsovie en 1973.Elle vient à Paris en 1995 pour étudier le français, puis entreprend à Strasbourg des études d’archéologie et d’histoire de l’art, de grec moderne aussi pour laisser place à l’imprévu. Elle est diplômée de l’Institut de Traducteurs, d’Interprètes et de Relations Internationales de Strasbourg. Elle publie des traductions des textes d’Edward Stachura dans la revue « La Barque » et ses propres textes, en polonais, dans la revue numérique « Recogito ». Elle pratique aussi la photographie et le dessin.

 

[VI 2014]

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