Galerie

Clair-obscur

Natasza Kozlowska 2012

Natasza Kozłowska (2012) © Galerie Roi Doré

 

Pourquoi ce qui est est ? Pourquoi ce qui existe ou bien n’existe plus, jette une ombre, laisse une trace ? Pourquoi, parfois seulement, reste-t-il un reflet ? et ce qui est à peine perceptible devient trop réel ? Pourquoi ce qui a déjà été vécu et s’est presque dématérialisé, réapparaît de nouveau ? C’est et ce n’est pas. Cela éblouit et blesse parfois, empêche qu’on l’examine ou qu’on le perce à jour. Cela s’est concrétisé et pourtant demeure encore irréel. Indiscernable. Caché. Inaccessible. Pourquoi est-ce si évident alors ?
Natasza Kozłowska a commencé à faire des photos récemment. Par hasard. Est-ce un hasard ? A-t-elle peur ou ne veut-elle pas dire ce qui l’a poussé à faire de la photo ? Ou dirais-je plutôt suit-t-elle ce chemin sur lequel l’on ne sait jamais ce qui peut apparaître. Ses Lanternes, Préhistoire ou Songes d’Hiver, sont un voyage à travers le temps, une envie de toucher le fond des choses, de voir à nouveau : le réel, le pressenti, l’incertain, le surprenant, qui dévoile en même temps sa forme ou peut être plutôt ses contours multiples, plus ou moins révélés. Il n’est pas rare que les images qui surgissent aident à se détacher, à entrer dans une autre dimension, qu’elles calment et quelquefois, au contraire, elles touchent, elles harcèlent.
« Plus ça change plus c’est la même chose » – réclamait Jean-Baptiste Alphonse Karr, un critique, nouvelliste et journaliste du XIX siècle. Connu pour ses épigrammes, dans Les Guêpes il faisait écho à la comédie d’Aristophane, en pointant les paradoxes du quotidien. Son regard, aiguisé, perçant, souvent distancié et équilibré, fusionnait avec une envie d’attirer l’attention sur beaucoup de choses. Il rappelait inlassablement, patiemment que rien n’est simple ni évident. L’auteure du Clair-obscur – et cela pourrait s’appliquer à l’ensemble de son travail photographique – est dotée de la même intensité de regard, perçant et attentif.
Souvent, plus nous voulons changer les choses, plus nous découvrons les avoir déjà vécues, pas tous les jours, ni toutes les nuits, mais pourtant elles existent et persistent. Elles nous poursuivent et demeurent au fond de nous-mêmes. Voila de quoi parlent des photos de Natasza.

Paris, le 9 mai 2015

Marek WITTBROT

Traduction : Natasza Coudert

 

Marek Wittbrot est né en 1960 à Polanów (Pologne). Réside en France depuis 1990. Il est rédacteur, journaliste et essayiste.

[VI 2015]

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